Quels sont vos critères d'évaluation des livres ?

D'une manière très générale, on peut dire que la valeur d'un ouvrage ancien est déterminée par la combinaison de plusieurs critères, regroupés ici par commodité en quatre familles:

1) Le contenu ou l'intérêt du texte: celui-ci peut être indépendant de son époque (pour un grand texte littéraire par exemple), ou lié à son contexte historique (journaux révolutionnaires…), ou encore représenter une étape marquante dans l'évolution des idées ou des connaissances (Darwin, Laplace…)

2) Le contenant, c'est-à-dire les caractéristiques physiques, ou la qualité de l'exemplaire: état de conservation, qualité de la reliure. On préfère souvent avoir un ouvrage dans l'état le plus proche de son état d'origine: broché à l'état de parution, dans sa première reliure d'époque, dans un cartonnage d'éditeur pour certains ouvrages du XIXème siècle. Mais une belle reliure de maître même postérieure peut être aussi très recherchée.
L'ouvrage doit toujours être complet et en bon état de conservation. Sauf cas exceptionnels, un ouvrage incomplet ou en condition médiocre n'a qu'une valeur très réduite.
Un autre critère d'intérêt est la provenance, dont certaines sont particulièrement évocatrices: exemplaires ayant appartenu à des personnages importants de notre histoire: livres aux armes (c'est-à-dire frappés de blasons ou d'armoiries), ex-libris ou autres marques d'appartenance.

3) Les critères de rareté et d'ancienneté pris isolément ne sont généralement pas déterminants.
Si l'opinion commune est que "ce qui est rare est cher", ces notions n'ont pas toujours une importance décisive dans le domaine du livre ancien.
De nombreuses raisons peuvent influer sur la rareté d'un ouvrage: celui-ci peut ne concerner qu' un public très étroit (droit canonique, ouvrages techniques "pointus"), ou encore avoir été largement détruit (censure, livres populaires brochés…). Mais de nombreux textes anciens de toutes époques, pour être aujourd'hui très rares en raison d'un faible tirage, n'ont aujourd'hui qu'une valeur minime car bien souvent, la première cause de rareté d'un texte, c'est son manque d'intérêt ou, dans le cas d'un texte littéraire, sa médiocrité !
De même, contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'âge n'est pas en lui-même un critère de valeur, à l'exception des impressions incunables ou du début du XVIème siècle, qui sont un témoignage des premières années de l'imprimerie.

4) Le livre peut enfin être considéré comme un objet d'art, en raison de la qualité de ses illustrations, de sa mise en page ou de sa typographie, ou encore de la beauté de sa reliure.


Les critères énumérés ci-dessus permettent de cerner l'intérêt d'un ouvrage et d'en approcher la valeur intrinsèque, en quelque sorte idéale…

Dans la réalité, la valeur marchande d'un ouvrage est déterminée par l'offre et la demande, c'est-à-dire le marché, qui ne suit pas toujours une logique de valeur intrinsèque ou objective, mais reflète également les modes, les préjugés ambiants et plus généralement l'évolution de notre société…

La phase ultime de l'évaluation fait donc appel aux sources d'informations liées au marché: catalogues de libraires, résultats de ventes publiques, bases de données commerciales… Toutes ces sources doivent cependant être recoupées et utilisées avec une grande prudence, en raison de la grande variabilité des exemplaires offerts et de l'intervention de multiples facteurs susceptibles de fausser les comparaisons.

C'est pourquoi, même avec la multiplication des sources d'information qui caractérise le monde d'aujourd'hui, l'évaluation sérieuse de la valeur d'un ouvrage demeure une affaire de spécialiste.